La plongée est une thérapie

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Article traduit par Monique Héroux – texte original : Canadian Medical Association Journal patient blog

Barry McMahon est à la retraite et vit à Ottawa. Il est le fier papa de trois filles et compte cinq petits-enfants. Toutes les questions qui touchent la dignité humaine et la famille alimentent son insatiable curiosité.

BarryDans moins d’une semaine, je me rendrai dans une petite île des Antilles pour suivre en quelque sorte une physiothérapie. Il s’agit pour moi d’une excursion annuelle qui améliore ma qualité de vie, et que seule une autre personne quadriplégique peut apprécier pleinement. Tandis que j’emballe mon équipement pour le vol, mon imagination vagabonde vers les eaux chaudes et salées dans lesquelles je serai bientôt immergé, louvoyant parmi les coraux, les éponges exotiques et une variété de créatures mystérieuses. C’est une expérience céleste grâce à ces merveilles innombrables.

Il y a environ huit ans, j’avais alors 58 ans et la pensée de faire de la plongée sous-marine n’était que pure fantaisie, habituellement à la suite de quelques rêves. Je passe toutes mes journées assis dans un fauteuil roulant automatisé à cause du syndrome post-poliomyélite. Mes quatre membres sont paralysés. Même si je pensais être totalement confortable lorsque je flottais dans l’eau, jamais je n’aurais pu m’imaginer explorant le monde sous-marin de Jacques Cousteau comme un grand nombre de personnes de ma génération l’ont déjà fait. Jamais… jusqu’à ce que je rencontre Hubert Chrétien de Liberté en profondeur Canada.

Hubie est une de ces rares personnes qui ne voient pas les personnes handicapées comme des… personnes handicapées, se concentrant plutôt sur les capacités de ses élèves. Il a adapté sa maison et sa piscine de Gatineau (Québec). Il y enseigne la plongée sous-marine exclusivement à des personnes ayant des handicaps et forme des instructeurs qui aimeraient enseigner à des personnes handicapées. Depuis des décennies, il s’y consacre à plein temps. Même lorsque ses parents habitaient le 24, Promenade Sussex, à Ottawa, il utilisait leur piscine pour donner ses cours.

Les candidats doivent subir un examen médical complet avant d’être acceptés et il y a plusieurs motifs de disqualification.

Il a enseigné à de nombreux amputés, des paraplégiques, des personnes gravement paralysées, des personnes atteintes de paralysie cérébrale, des victimes de thalidomide et même une personne aveugle! Chaque personne relève des défis, et ce, souvent de façon ingénieuse et imaginative.

La plongée sous-marine est un sport dangereux, aucun doute là-dessus! C’est pourquoi la formation est complète et détaillée jusqu’à l’obsession. Voici donc comment nous sommes formés.

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J’ai été formé selon un cours très rigoureux conçu par la Handicapped Scubba Association. Je détiens la certification de plongeur, niveau C, de l’HSA (HSA “C” Level diver), signifiant que, parce que je ne peux pas nager seul et que j’ai besoin d’une aide importante, il me faut en tout temps un compagnon de plongée principal et un compagnon de plongée secondaire. Mon premier compagnon m’aidera avec mon équipement, dans la descente, pour la nage, la flottabilité et l’équilibre; il m’aidera également à remonter. Le deuxième compagnon est là pour aider le premier, en cas de besoin.

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Mon équipement est standard, sauf que je n’utilise pas de palmes. Une fois que j’ai atteint l’équilibre et la flottabilité qui correspondent à la profondeur choisie, je peux alors me laisser porter par le courant de façon autonome. Je contrôle la profondeur en utilisant le débit d’air de mes poumons. Mon compagnon de plongeon principal est toujours à quelques secondes de moi. J’ai fait ainsi plus de cent plongées.

Récemment, j’ai commencé à me servir d’un scooter sous-marin. C’est assurément un véhicule permettant d’économiser de l’énergie à mon premier compagnon de plongée, surtout lorsqu’on remonte le courant. Il me permet également de prendre une pause et de regarder partout, à ma guise. Mais ce véhicule doit être aussi utilisé avec précaution.

Lorsque je plonge, tous mes symptômes post-polio s’estompent. La douleur constante et l’inconfort général disparaissent; je n’éprouve plus de faiblesse généralisée. Je me sens vivant et énergique (peut-être à cause des techniques de respiration dont je me sers durant la plongée). Grâce à l’apesanteur, le répit que je ressens par rapport à mon quotidien est exaltant. Mes bras et mes jambes font de grands mouvements qui ne seraient pas possibles en dehors de ces profondeurs. La différence de pression atmosphérique dans les profondeurs apporte-t-elle des bénéfices thérapeutiques sur les tissus musculaires, les ligaments et les articulations? Qui sait? Tout ce que je sais, c’est qu’aucune autre physiothérapie ne m’apporte de tels bienfaits… Et chaque plongée est une aventure, contrairement à la piscine du quartier.

Deux plongées par jour pendant une semaine et je suis un homme neuf, prêt à affronter le monde. Après cette thérapie, ma vie « sur terre » est vraiment meilleure, au moins pendant un certain temps, après mon retour au pays nordique qu’est le Canada.

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Ma destination de plongée est l’île de Bonaire, qui fait partie des Antilles néerlandaises, au même titre qu’Aruba et Curaçao. C’est un site de plongée de renommée mondiale en raison de ses coraux protégés et de sa réserve naturelle devenue parc national marin. La faune sous-marine est spectaculaire. En fait, si vous ne faites pas de plongée ou de la planche à voile, vous pourriez vous ennuyer, contrairement aux autres îles de l’archipel.

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Je crois que considérer faire de la plongée sous-marine comme thérapie mérite une plus grande attention. L’idée est en voie de faire le tour de la planète. Des organismes comme Liberté en profondeur (en anglais, Freedom at Depth) ont acquis une expertise indéniable en œuvrant avec toutes sortes de conditions incapacitantes, et y ont vu des bénéfices considérables pour les participants.

Dans quelques jours, je ferai des bulles dans la mer chaude; peut-être me retrouverais-je nez à nez avec un barracuda ou une tortue à écailles, ou tout simplement à observer une tête corallienne et sa faune et sa flore sous-marine complexe toujours renouvelée.

Pour informations :

Liberté en profondeur Canada

2, rue de l’Escale
Gatineau, Québec J8Z 3R2

Tél : 613 866-1143

hchretien@freedomatdepth.ca

 

 

 

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